Tranchée d'amour qui se creuse dans le coeur, muraille d'absence qui se dresse devant moi. Des milliers de kilomètres depuis des mois, mais tu n'es loin que depuis hier. J'ai perdu ma langue mais mes maux sont toujours là. Je regarde les traces de tes pas s'évanouir, recouverts par les intempéries ; pourtant, tes empreintes n'ont jamais été si marquées sur mon ame. Endolorie, tes jamais plus résonnent sans répit et ne tarderont pas de me briser. J'ai fais tomber les armes, j'ai fait tomber les larmes. Il faut taire les sanglots, se mordre les lèvres et s'essuyer les yeux, mais au matin, la réalité est toujours aussi vive et me sort par les yeux. Je suis vaine, tu comprends ? Essaye de comprendre. Vide et inconsistante ; tu me construisais, tu étais devenu un tout. On n'est plus rien sans ses rêves. Je chancelle, funambule raté. Promets-moi encore, je t'en prie, laisse-moi nous croire une nouvelle fois quand on se dit que l'on ne partira jamais, laisse-moi m'abandonner tout entière à tes mots, me perdre dans ta douceur, me perdre et te retrouver. Je n'ai rien d'autre que des mots pour te retenir, je croyais que ça te suffirait, c'etait absurde et j'avais tord mais ça, je ne le savais pas encore, peut etre parce qu'il fallait que j'en apprenne un peu plus sur la vie. J'ai chuté. Certaines réalités paraissent si absurdes. Et on cherche les mots et on ne trouve rien d'autre que les larmes, l'incompréhension et le remords du moindre geste, du moindre mot qui aurait pu changer les choses, estomper les certitudes, entraîner la bifurcation des idées. On a laissé tomber un Homme, et c'est l'hécatombe sur la Terre. Le monde ne tourne plus très rond mais continue à tourner quand même - et, au final, c'est peut-être bien ça le pire. Et puisque c'est comme ça, que les ballons s'envolent, que les portes se claquent, que les maisons se vident. Et que les gens s'en vont. Souvent j'ai cru tout savoir, mais la dessous tout disparaissait aussitôt ; sous l'incertitude de mes mots, il n'y avait alors plus que du vide. Mirage évanoui, malaise des sentiments. Vérité violemment étouffée par la réalité. Tu n'étais pas virtuel, simplement impossible et je cherchais à vivre des choses qui n'auraient jamais lieu. Je nous ai fabriqué des mondes où tout était permis, des mondes de sourires sans murs et sans distances où l'on n'abolit pas les rêves. Des mondes de papier, si faciles à froisser. Et j'ai peur de l'absence qui s'éternise, tu ne sais pas comment, tu ne sais pas combien, j'ai peur des jours incertains, dangereux comme une descente en rappel.